A cet endroit
Nous avons fui, dans la nuit de mercredi à jeudi, pour nous réfugier loin de la faune titubante du square et de cette nervosité qui rend irascible. Fuir dans un hôtel de notre propre ville. Ivresse, déglingue. Intimidations, propos tenant de l'incitation au viol collectif et guerre de territoire. Ici c'est chez nous ! Fèces humaines et jaillissement d'une plante à l'endroit même où je les avais enlevées. Nous avons dormi ailleurs, avec un voisin, afin de nous éloigner d'une détresse persistante et pour reposer mes nerfs. Certains de ces êtres en déshérence ne restent pas cloués sur place par une impuissance acquise et une existence autre qui leur est refusée. Ils errent, passent et repassent inlassablement aux mêmes endroits. Se surveillent les uns les autres. S'insultent. Se rapprochent. Se pardonnent sans doute. Et recommencent. Où sont les autres habitant.e.s.
Envisager un contre-cadre pour cette cour miraculée qui, ouverte, s'est refermée sur certains d'entre nous. Des survivants, en sursis face aux violences humaines, administratives et urbaines, tournent sur eux-mêmes. Ils semblent avoir cessé de vouloir trouver une issue. Peut-être que certains ont arrêté de s'évertuer à décoller les têtes renaissantes de cette hydre qu'ils appellent "le piège". Ce trésor en dormance sous des monceaux de déjections, de détritus et semés d'arbres morts ci et là : le Square Dufourmantelle.
De retour, au petit matin, sur mon lit, trois boutons de piqûres incisives irritent immédiatement ma jambes gauche. Retourner le matelas, ébouillanter les draps et le linge. J'ai remonté une de mes œuvres de cette cave insalubre. Mes pas ont soulevé dans les couloirs qui y mènent, les poussières de la terre battue aux relents d'urines et de crottes de rats.